J’ai été éduqué dans le catholicisme. Je suis allé au catéchisme à peu près de mes 8 ans à mes 14 ans, ai été enfant de choeur pendant quatre ans, et je dois avouer que jusqu’à quelques semaines, je considérais encore cette éducation comme une sorte de chance : certaines valeurs sont codées en moi en dur, pour prendre un vocabulaire informatique. Malgré toutes mes tentatives de débauche je considérais ce lourd héritage éducatif comme un carcan duquel je ne pourrais jamais totalement m’affranchir. Mon éducation m’a donné des bornes inamovibles qui m’ont donné une notion claire des lignes à ne pas franchir ; ma conscience trouvant toujours un chemin tordu pour venir me rappeler que ce que je fais est parfois mal, jusqu’à m’en rendre psychologiquement malade. Quel sentiment humain est en effet plus fort que la culpabilité ? Elle transcende toutes les autres valeurs pour venir les chapeauter. Elle est phare éternel sur la côte de la pensée, le signal fort d’un port d’attache, le symbole de la terre ferme qu’on peut chercher à rejoindre pour trouver la quiétude et la fermeté solide d’un sentiment de sécurité. Mais elle est aussi ce tuteur cruel qui vous juge du lointain quelque soit votre position géographique sur le vaste territoire de vos errances de jeunesse, cette piqûre de rappel si douloureuse qui vient lanciner de temps à autres lorsque le retour réflexif nécessaire sur vos actions se fait automatique et nécessaire. Elle brille d’une clarté qui n’est jamais aveuglante mais toujours présente dans un coin de votre champ de vision philosophique.
Dès lors, mener une véritable existence libre et responsable devient un peu délicat, lorsqu’après une nuit sous coke à Prague le fier phare de la morale vient vous juger du haut de votre jeunesse droite. Mathieu, qu’es-tu devenu ? Semble-t-elle me crier, d’un son étouffé par les sacs et resacs des vagues de nausée. Mes troubles obsessionnels compulsifs la connaissent bien, ils pourraient vous en parler.
Alors pour vivre une existence pleine et entière comme seule la débauche permanente et socialement encouragée du XXIème siècle le permet, j’ai dû trouver quelques compromis. La philosophie de la nuance est celle du bonheur, à mon sens. Se fixer des règles souples mais fermes parait la meilleure solution pour profiter de ce que la vie offre tout en faisant honneur à ses propres convictions ; comme après une orgie on viendrait sacrifier un mouton sur un quelconque autel de la morale. Tout est finesse, dans l’art de s’accommoder de ses vices, car le glissement vers l’hypocrisie gloutone et maladive n’est jamais très loin dans l’horizon de la pensée.
Récemment, j’ai trouvé un moyen qui me semble juste de gérer ces angoisses existencielles : il s’agit avant tout d’opérer un roulement. J’avais lu il y a bien longtemps le blog d’un crash gateur parisien qui tâchait de goûter aux joies de la vie mondaine sans virer alcoolique une petite astuce qui lui était personnelle. Son truc, c’était les poupées russes de la morale : passer au moins un jour de la semaine sans boire, une semaine dans le mois, un mois dans l’année, une année par décennie. Je trouve l’approche séduisante mais pas satisfaisante. Je pense qu’elle passe à côté de l’essentiel : les vices fonctionnent comme un système complexe, chacun d’entre eux venant compenser un autre. Comme celui qui arrête de fumer s’autorise d’outremanger for the greater good le temps de parvenir à l’indépendance. De là, j’ai pu constituer mes propres règles personnelles, avec une sorte de tableau des vices à plusieurs entrées :
- La flemme de bosser
- Le plaisir de fumer, ou de se droguer
- Le plaisir de manger des saloperies
- Le plaisir d’être ivre
- Le plaisir de passer son temps à jouer aux jeux vidéos.
Les catégories sont totalement subjectives puisqu’on pourrait compter l’alcool comme une drogue. Mais peu importe au final, c’est ce que j’ai choisi. L’astuce, c’est de s’assurer qu’au moins un des vices et drastiquement mis en veilleuse au cours d’un même journée, en tenant compte du fait que certaines activités sont incompatibles. A savoir qu’une journée de révisions peut autoriser le plaisir de manger des saloperies mais pas de fumette (qui vient poser des problèmes de concentration, de compréhension, de rétention), une journée de régime protéiné autorise la fumette, la flemme, et les jeux vidéos, mais pas d’alcool à outrance ; etc, vous avez compris le système. La règle supplémentaire est qu’une autorisation n’est pas une obligation.
Je pratique la chose depuis quelques semaines et je dois avouer que pour l’heure, je suis plutôt satisfait des résultats qu’elle apporte, chaque vice venant tranquillement contrebalancer une rigueur sans qu’un véritable manque ou effort se fasse sentir, avec la satisfaction de profiter de la vie sans jamais vraiment sombrer dans la déchéance la plus totale.
Sur ce je retourne finir mon shot d’absinthe en regardant Californication.
12 janvier 2011 à 15:00 |
“Finir” un shot ?
0 crédibilité.
13 janvier 2011 à 12:46 |
J’avoue.
30 mars 2011 à 12:49 |
C’est drôle, tu me pardonneras ce lieu commun, mais ne te connaissant absolument pas je me reconnais pourtant totalement dans ce que tu écris. L’éducation catholique à la culpabilité et la nuit sous coke à Prague – c’est moi aussi.
Par contre, je ne suis pas d’accord avec la solution que tu sembles avoir trouvée; s’astreindre à un “emploi du temps des vices” est trop artificiel et me semble dénué de sens. Après avoir longtemps souffert de ce sentiment de culpabilité dénué de tout fondement rationnel, j’ai pour ma part simplement décidé de le déconstruire, et de me reconstruire en le rejetant totalement, après avoir tâché de comprendre chacune de ses origines, et en assumant pleinement ma nature humaine imparfaite, en étant en accord avec elle, en acceptant mes vices. Sans doute mes parent, enfin ma mère, n’a-t-elle pas réussi à m’inculquer tout à fait sa vision des sept péchés capitaux pour que je parvienne à m’en débarrasser avec cette relative facilité… Bonne chance à toi en tout cas.
30 mars 2011 à 17:12 |
C’est plus une solution provisoire en attendant de refonder une morale qui me convient (une sorte de morale par provision comme il en est question dans le discours de la méthode, sauf qu’elle fonctionnerait en autonomie et non en hétéronomie). Mon but ultime c’est bien cette déconstruction et reconstruction dont tu parles.
Le problème c’est que pour refonder cette morale en repartant de ses propres bases, il faut bien nécessairement juger ces bases morales selon un certain prisme (puisqu’il faut les juger bonnes), qui n’est autre que celui avec lequel on s’est retrouvés et qui reprend tout ou du moins partie de la morale catholique. En quelque sorte, refonder une morale qui repart à zéro ce n’est jamais que prendre le risque retrouver l’ancienne avec des moyens différents. Il me parait difficile de s’affranchir totalement de tout présupposé moral.
Le problème est le même si l’on tente de s’instruire moralement en s’inspirant de la philosophie d’un autre, on la jugera digne d’intérêt uniquement si elle nous convient selon des critères qui lui préexistent.
En gros, je pense que je suis un peu baisé. Mais bon, on va essayer de s’arranger.
Merci de ton commentaire en tous cas !