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Macron et la représentation politique : la stratégie du costume vide

15 avril 2017

La première expérience institutionnelle avec la pratique politique est celle de la classe d’école. C’est dans cette institution traversée de relations de pouvoir que s’expérimente la vie en société au-delà de la cellule familiale originelle faisant figure d’une évidence trompeuse. Une foule d’individus s’y trouve jetée au monde, au regard pénétrant de l’autre d’abord, mais aussi, bien évidemment; à la réalisation d’un projet personnel, encadré par des lois, une hiérarchie, et des frontières qui délimitent son domaine. Ce n’est donc pas un hasard si l’enjeu de l’éducation est si présent dans le débat politique : c’est ici que seront testés les dispositifs étatiques de maîtrise des corps et des esprits.

Au sein de ce microcosme politique s’exerce déjà, de façon embryonnaire, les dynamiques de pouvoir citoyen : très souvent, pour ne pas dire systématiquement, c’est l’occasion pour tous de se familiariser à la question politique, à travers le contenu thématique des cours dispensés, bien entendu, mais aussi et surtout à travers la pratique des élections de représentants : les délégués de classe.

Au fil des ans et des inlassables élections de délégués, niveau après niveau, deux grandes figures paraissent en surgir : L’une, le délégué de classe engagé, promet de défendre des revendications précises sur des sujets aux pourtours bien délimités parfois même physiquement : ouvrir une salle de divertissement et de repos, protéger les biens matériels par des mesures de sécurité, défendre le droit d’utiliser son téléphone portable librement, négocier des aménagements de rythme de travail, ou que sais-je, le détail de ces mesures importe peu pour notre propos. L’autre est celle du porte-voix. Son seul programme est celui d’une représentation : il va collecter les requêtes, les inquiétudes, les besoins ; anonymer les individus à l’origine de ceux-ci pour les protéger de l’autorité ou de la vindicte populaire si nécessaire, et en quelque sorte effacer dans sa fonction son individualité propre, pour mieux servir les intérêts des électeurs qui, en participant à sa désignation, ont reporté leur responsabilité sur lui. Le porte-voix jette un pont entre l’autorité de la hiérarchie et celle des individus qui en sont les sujets.

Dans le contexte de la présidentielle de 2017, nombreux sont ceux qui proposent un programme préconçu, pensé avec la fixité de l’intelligence jetée sur une durée passionnelle, animé d’un esprit planificateur et d’une vue de surplomb sur le temps d’un mandat – et parfois même plus. Un seul, il faut bien l’admettre, propose une seconde voie, une représentation mal définie, sans cesse en mouvement, prompt à être réajustée, adaptée aux demandes des citoyens dont il propose de se faire le porte-voix : Emmanuel Macron.

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La victoire annoncée de l’ordre structuré

5 avril 2017

C’est le cœur lourd que j’écris ces lignes – oui, quitte à paraître dramatique. Car il me parait désormais clair que l’éventualité d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle est imminente. Pour certains, cette victoire représenterait le triomphe de nobles sentiments sur la cupidité et le renfermement, celui de l’esprit sur le materialisme, celui de l’altruisme sur l’égoïsme, celui du peuple sur l’élite et les puissants. Pour autant, il me paraît clair que la victoire d’un Mélenchon annoncerait une catastrophe matérielle, humaine, et idéologique.

J’en fais le pari solennel : Marine Le Pen sera absente du second tour. Nous y retrouverons, j’en suis convaincu, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, pour un combat entre les forces d’un libéralisme au sens le plus large du terme : un idéal républicain inspiré, dans les grandes lignes, des idéaux de 1789 d’un côté ; et ceux d’un planisme étatique de l’autre, inspiré de ceux de 1792. Les deux Républiques Françaises (la formule est le titre d’un livre de Phillipe Némo) vont s’affronter, et le vent idéologique n’est désormais plus en faveur des idéaux de 1789.

Je ne m’en suis jamais caché, je suis un libéral, avec coeur, raison, et donc ferveur. Bien qu’aucun candidat ne suscite mon admiration, Mélenchon représente pour moi une conception du politique profondément illusoire  – il est un avatar de cette route de la servitude que dénonçait Hayek dans son fameux ouvrage de 1947. A bien des égards, d’ailleurs, il représente un penchant plus doucâtre, mielleux, et maladroitement bienveillant de ce que représente, à droite, Marine Le Pen.

Pour autant, il est désormais difficile pour moi d’expliquer les raisons qui me conduisent à un tel constat. Celui-ci est le résultat de longues années de réflexion et de recherche qui ont contribuées à la formation de mon esprit. Mais l’heure est désormais grave, et c’est pourquoi je vais tâcher ici, le plus clairement et succinctement possible, d’en déployer l’analyse, car j’en ressens le devoir.

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